Amour et Coliques Néphrétiques

Visuel amour et coliques néphrétiques

Ce soir, tu t’es concoctée une petite soirée filles avec, au programme, ciné, resto et mojitos, trop heureuse de déserter la maison puisque, le lundi, c’est Mimi Mathy. Alors que tout est planifié, enfants douchés, repas préparé, linge lavé et plié ; alors que tu as pris sur toi pour être toute la journée l’épouse parfaite, agréable, aimable, aimante que tu n’es jamais, et ce pour justifier ta fuite du domicile familial ; alors que tu es sur le point d’enfiler cette petite robe beige coupe trapèze Zara et ces jolies espadrilles cognac fraîchement reçues, sourire aux lèvres, conquérante et si heureuse de ne plus être obligée d’être gentille, tu entends d’une voix malheureusement si familière :

« Je crois que je suis sur le point de faire une crise de coliques néphrétiques »

Un de tes enfants ne sachant pas encore parler, le deuxième dans l’incapacité de prononcer « néphrétiques » et ta fille aînée écoutant Jul cloîtrée dans sa chambre : c’est certain, c’est bien ton mari qui geint.

Tu peux feindre la surdité instantanée mais, si du gêne de la bouderie tu as hérité, n’oublie pas que celui de la lamentation lui a été transmis.

La meilleure solution serait de laisser ton époux sous la surveillance de tes adorables enfants de 4 et 12 ans ; malheureusement, tu n’as pas choisi de sortir en weekend et demain, y a contrôle de math. Alors que tu commences à chercher dans tes contacts le numéro de ta nounou-qui-gère-tout-même-l-époux, tu te remémores la première et unique crise de monsieur : c’était en 2010 et pas un jour ne s’est passé depuis sans qu’il n’en reparle, avec à ses pieds un petit public majoritairement masculin qui le conforte à grands coups de « la douleur est comparable à celle d’un accouchement ». Que vous avez tous vécu messieurs, rappelons-le…

La dorénavant célèbre crise a eu lieu un 22 novembre 2010, c’était un lundi (certains iront d’ailleurs vérifier sur internet) ; la première saison du documentaire de société « Qui veut épouser mon fils ? » touchait à sa fin. La douleur a fauché l’homme sans prévenir, à 22h32 alors que tu n’avais qu’une envie : dormir. Il était là, avachi sur le canapé, visage blanc couette de blogueuse, tremblotant, gémissant alors que toi, tu regrettais surtout de ne pas avoir le bras assez long pour attraper ton téléphone afin d’immortaliser ce moment et, évidemment, le partager ensuite avec tes copines sur les réseaux sociaux #hommemalade.

Dans un premier temps, le mâle a refusé médecin et pompiers, ces derniers principalement parce qu’étant ses collègues de boulot. Et toi, à ses côtés, hurlant « faites moi un scan des reins, je demande NFS, chimie, iono, on intube et passez lui 10cc de Spasfon en perf ! », dans ta tête bien sûr, désireuse de ne pas effrayer l’homme par tes connaissances en médecine durement acquises devant Grey’s Anatomy.

Tu t’es finalement décidée à lui lancer un pauvre « tu veux que j’appelle le SAMU ? » lorsque tu as découvert cet homme, que tu as longtemps trouvé viril, à quatre pattes dans le salon en train de prier sa mère alors que tu t’étais juste absentée pour te préparer un sandwich poulet/mayo. Et tel Rocky lorsqu’il appelle son Adrienne, dans un dernier râle, l’homme a hurlé « oui !!! ». Ça va, je demandais juste, pas la peine de s’énerver !

Sept ans plus tard, tu es d’humeur à jouer sur les mots : « tu crois ou tu es sûr ? » et lui de répondre d’un ton moribond « ne t’inquiète pas, va au cinéma, ça va aller » alors qu’il est déjà sur internet en train de regarder le régime à adopter en cas de coliques néphrétiques. Désireuse de te coucher un peu moins con, tu apprends alors qu’il faut privilégier les bananes et les pommes de terre. Voilà donc monsieur en train de se faire bouillir des patates vapeurs, découvrant, en effet, qu’elles ne cuisent pas en 2 minutes 30.

Alors qu’il boite pour arriver jusqu’à la cocotte minute, tu sens quelque chose battre en toi : ton cœur ? Que nenni ! Ton pouls qui t’indique que ta tension est à 16. Partagée entre ton envie de mojitos et ton envie de mojitos, tu parviens quand même à lui articuler « tu préfères que je reste ? », priant pour entendre ce qui va finalement sortir de sa bouche : « non, c’est bon, va, tu en as tellement envie » Et là tout de suite tellement besoin surtout !

Tel Flash Gordon, tu files te préparer et, de ta salle de bain, tu entends à chaque pas de l’homme « aïe ! Aaaaah ! ». C’est à ce moment là que tu prends la seule décision qui s’impose à toi : tu enfiles tes écouteurs, ACDC volume 36 dans les oreilles. « Qu’il est doux le bruit de la guitare électrique » te dis-tu, alors que ton tympan gauche a déjà lâché.

Te voilà fin prête, masquant tant bien que mal ta mine réjouie ; quelques secondes pour glisser à tes enfants « soyez sages avec papa, hein ! », quelques pas en direction de l’homme pour l’embrasser sur le front et lui glisser « t’as même pas de fièvre ! » comme si c’était un symptôme bien connu des coliques néphrétiques.

Lorsque tu rentreras quelques heures plus tard, tout le monde dormira à points fermés. Et finalement, après une visite rapide chez le médecin le lendemain, l’homme découvrira simplement qu’il avait l’estomac ballonné

Moralité : si t’es pas certaine que ton mari est condamné, va pas te gâcher une soirée

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